L’inconnue qui lui fait face

LADY OSCAR / LA ROSE DE VERSAILLES Les fanfictions Les vignettes (one shot) L’inconnue qui lui fait face

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  • #1256
    Marina de Girodelle
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    @marina-de-girodelle

    Disclaimer : Lady Oscar est l’oeuvre de Riyoko Ikeda, cet écrit est un écrit de fan, je ne gagne rien, sinon des reviews et les reviews ne permettent pas d’acheter des spaghettis.

    Résumé : Alors que Marie-Antoinette observe le portrait d’elle qui sera envoyé à son futur époux, l’archiduchesse ne peut s’empêcher de se dire que la femme qui lui fait face est une étrangère.

    Note de l’auteur : Le nom du portrait et de l’artiste sont en bas, à la fin de cet OS.

    Liste des dettes du Discord «Défis Galactiques » : Défis festif – Journée internationale des musées (18 Mai)

    L’inconnue qui lui fait face

    – C’est splendide Monsieur Ducreux ! Vous vous êtes surpassé ! Vous avez été bien inspiré de corriger sa lèvre.

    Le peintre est flatté des compliments de l’impératrice. Marie-Antoinette, elle, observe le tableau en silence. Elle ne se prétend pas artiste, elle ne connaît rien des règles de la peinture aussi elle a entièrement confiance en sa mère et en cet homme pour jauger de sa bonne facture. Et techniquement, il est magnifique. Les couleurs sont douces, tout est harmonieux. Les liserés bleus de sa robe sont assorti aux rideaux de velours derrière elle. Elle tient une rose, sa fleur préférée. Tout dans ce pastel est tendre. Mais là où le bas blesse, c’est que quand elle regarde ce portrait, la future dauphine de France ne s’y reconnaît pas. C’est bien elle qui a posé pour l’artiste dépêché de son futur royaume et pourtant, c’est une inconnue qui lui fait face. Elle fait bien trop âgée pour ses treize ans. Elle a l’air d’en avoir sept de plus, elle a l’air trop sage, trop mature, presque inaccessible. Et c’est pourtant cette image d’elle que l’on va envoyer à Versailles, c’est avec ça que son fiancé va la découvrir. Elle s’inquiète. Louis-Auguste va peut-être développer des sentiments pour cette étrangère et quand elle arrivera pour l’épouser, il tombera des nues. Ce qu’on offre au prochain roi de France n’est ni plus ni moins qu’un mensonge. La reconnaîtrait-il quand elle arriverait à Compiègne ? En voulant gommer ses imperfections, sa mère et Ducreux ont effacé tout ce qui la caractérisait. Il lui a fait le nez droit. Elle l’a légèrement busqué. Son menton tombe moins. Ses yeux sont moins ronds. Son front est moins haut. Sa poitrine est plus généreuse que ce qu’elle n’a en réalité. Sa lèvre inférieure est plus fine. La bouche ne ressemble absolument pas à la sienne. C’est comme si, à travers ce tableau, on lui intime d’effacer tout ce qui la rend unique pour qu’elle se fonde dans la masse, qu’elle s’intègre au canevas versaillais sans qu’aucune aspérité ne soit visible. L’ironie du sort, c’est qu’après avoir vernis un tableau, quand la substance sèche mais reste collante au doigt, le peintre vient donner des petits coups avec son pinceau pour créer des toutes petites craquelures pour rendre l’image moins figée, pour que la lumière se diffuse différemment, pour ajouter de la profondeur, de la texture. Mais elle, le sujet de la composition, doit être aussi lisse que possible. Alors oui, l’oeuvre est belle, à n’en pas douter. Néanmoins, comment réussir à se faire accepter et respecter dans une cour étrangère quand les présentations démarrent sur des termes fallacieux ?

    – Qu’avez-vous, Antonia ? S’inquiète Marie-Thérèse. Vous êtes bien pensive, ma fille.

    – Je crains que Monsieur Ducreux m’a faite plus belle que je ne le suis réellement, Mère. Répond-elle. J’ai peur que le dauphin ne soit bien déçu quand il me verra.

    – Déçu ? Intervient le français. Votre Altesse ! C’est en fait le cas inverse : mon tableau ne vous rend pas Justice. Dès que Monseigneur le Dauphin vous verra, il tombera à vos pieds. Comment pourrait-il en être autrement ?

    – Vous le pensez vraiment, Monsieur Ducreux ?

    – Assurément, Votre Altesse.

    Marie-Antoinette regarde une dernière fois le chevalet devant elle. Elle n’est pas convaincue mais puisque sa mère et le peintre semblent d’accord, eux qui s’y connaissent mieux que quiconque, qui est-elle pour les contredire ?

    FIN

    Tableau : Marie-Antoinette (1769) par Joseph Ducreux, pastel sur parchemin, château de Versailles.

    ~ Un soleil se couche, un autre se lève et ce qui fleurit aujourd'hui périra demain. Tout n'est que vanité!

    #1277
    Marina de Girodelle
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    Disclaimer : Lady Oscar est l’oeuvre de Riyoko Ikeda, cet écrit est un écrit de fan, je ne gagne rien, sinon des reviews et les reviews ne permettent pas d’acheter des spaghettis.

     

    Résumé : Alors que Marie-Antoinette observe le portrait d’elle qui sera envoyé à son futur époux, l’archiduchesse ne peut s’empêcher de se dire que la femme qui lui fait face est une étrangère.

    L’inconnue qui lui fait face

    Un autre regard

     

    Derrière lui, son grand-père s’extasie sur la joliesse des traits de l’archiduchesse. Ses tantes répondent, la voix teintée de mesquinerie, que le peintre a sans aucun doute gommé sa lippe habsbourgeoise. Louis-Auguste, lui, a un sentiment mitigé. La jeune fille qui lui fait face est jolie, assurément. Mais il y a quelque chose qui cloche. Il n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Pourtant, tout est beau, tout est réussi dans ce pastel. Les teintes sont douces, harmonieuses. Le sujet semble digne, gentil, sage plus mature que son âge réel. Le problème, c’est qu’il en est ainsi pour presque la majorité des portraits. Pas tous, bien évidemment. Quand il regarde le tableau de sa grand-mère, la reine Marie, dans sa robe de velours rouge, il retrouve la bonté qui émanait d’elle, son affection. Ce que Ducreux a voulu lui montrer aujourd’hui avec cette image de Marie-Antoinette elle-même, ce n’est pas Marie-Antoinette. C’est une reine, une épouse. On veut le convaincre qu’elle est le bon choix pour l’avenir. On lui montre la perfection. L’ironie, c’est que ce n’est pas lui qu’il faut persuader alors que c’est bien lui qui a devoir lui passer la bague au doigt.

    – Allons, mes filles ! Plaisante Louis XV. On ne peut décemment pas blâmer ce cher Ducreux d’avoir un peu flatté son modèle ! La princesse est mignonne comme un cœur, le peintre aura juste voulu accentuer sa joliesse !

    Oui, le roi a sans doute raison. Mais soudain, le dauphin prend peur. Et si Ducreux n’avait pas « menti » ? Et si Marie-Antoinette était aussi belle que sur ce tableau ? Si elle en était la copie conforme ? A défaut de s’aimer, s’entendraient-ils au moins ? Seraient-ils amis qui auraient, à défaut de passion, une tendresse sincère ? Pour tout l’amour et le respect qu’il éprouve pour le souverain, il ne se voit pas prendre une maîtresse. Il voudrait pour lui la même chose que ses parents ont eu : un mariage heureux, basé sur le respect, le devoir et oui, il ose le dire, il ose le souhaiter, un mariage de raison qui se transforme en mariage d’amour. Il sait qu’il a peu d’avantages alors il voudrait au moins cela, une union sans haine et complice.

    – Elle n’a qu’un an de moins que vous. Lui glisse son grand-père comme s’il avait lu ses pensées. On m’a rapporté qu’elle aime danser, le théâtre et qu’elle ne serait pas mauvaise à cheval. Vous vous trouverez des passions communes, à n’en point douter.

    Cela le rassure à peine. Mais il n’est pas en contrôle de sa propre vie. Les dés en sont jetés. C’est elle qu’il épousera parce que c’est ce que l’on attend de lui. L’adolescent détaille encore l’image qu’il a sous les yeux et il l’admet : malgré cette chose qui lui semble anormale, sa future épouse le fascine déjà.

    FIN

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    #1278
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    Résumé : Alors que Marie-Antoinette observe le portrait d’elle qui sera envoyé à son futur époux, l’archiduchesse ne peut s’empêcher de se dire que la femme qui lui fait face est une étrangère.

     

    L’inconnue qui lui fait face

    Regards croisés

     

    Il ne s’est pas trompé. Il y avait bien eu quelque chose d’anormal sur le portrait de sa promise. Encore une fois, l’adage selon lequel on peut approcher la perfection mais qu’on ne peut pas l’imiter est vrai. Marie-Antoinette est enfin arrivée de Vienne et lui fait face à Compiègne après des semaines de voyage. Et en effet, elle est très différente du pastel de Ducreux. Elle fait jeune, bien plus jeune. Elle fait tout simplement ses quatorze ans. Ses yeux sont plus grands, plus ronds, presque globuleux. Son nez est légèrement bossu. Elle a définitivement la fameuse lippe de sa famille. Mais par Dieu, elle n’en est que plus belle ! Entre la jeune fille qui lui est présentée et cette image de promotion, Louis-Auguste préfère mille fois le modèle original. Elle est plus belle car elle est vraie. Ses défauts ne la rendent que plus authentique. Il trouve même qu’ils rehaussent ses qualités. Malgré la bonne facture évidente du portrait de Ducreux, il a déjà autour de lui cette odeur surannée. La vraie Marie-Antoinette, elle, a l’odeur fraîche des brins de muguet de mai. Il sent son cœur battre la chamade dans sa poitrine quand ses pupilles bleus croisent son regard myope.

    – Eh bien qu’attendez-vous ? Le rabroue légèrement son grand-père. N’est-il pas coutume pour un homme d’embrasser sa promise alors qu’elle vient de faire un long voyage pour le rencontrer ?

    Elle lui présente sa joue rose et il l’embrasse timidement. Un peu plus tard, lors du banquet pour fêter son arrivée, il parvient à lui glisser discrètement :

    – Le portrait de Ducreux ne vous fait pas honneur, Madame.

    – Il est vrai que le peintre m’a faite plus jolie que je ne le suis…

    – N… Non ! Je voulais dire… Vous êtes bien plus jolie que la toile qu’il a peinte ! Vous êtes si jolie qu’il n’a pas su vous rendre Justice. Oh, je suis un idiot ! Ne croyez pas que je voulais me montrer discourtois…

    La princesse lui sourit.

    – Je ne le crois pas. Je vous remercie pour vos mots. A dire vrai, j’avais peur que vous ne me reconnaissiez pas. Le portrait m’a semblé si différent de moi ! J’avais peur de vous décevoir.

    – Après vous avoir vue, je suis sûr d’une chose, Madame : vous ne serez jamais une source de déception pour moi.

    – J’aimerais trouver un jour un artiste qui réussisse à capturer qui je suis réellement. Quelqu’un qui, s’il corrigera quelques petits défauts, ne gommera pas tout ce qui fait de moi… eh bien, moi. J’avais l’impression de vous mentir avec le tableau de Maître Ducreux.

    – Je vous comprends. Mais soyez assurée qu’à mes yeux, vous êtes bien mieux que le pastel qu’on m’a envoyé !

    Elle soulève son verre, lui propose de trinquer avant que Madame de Noailles lui signale qu’une future reine de France ne porte jamais de toast. Cela n’empêche pas le dauphin de lever son verre en direction de son épouse.

    Désormais, il en est certain : oui, il pourra être ami avec cette désormais quasi-inconnue qui lui fait face.

    FIN

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