Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

LADY OSCAR / LA ROSE DE VERSAILLES Les fanfictions Les chemins de l’amitié [finie] Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

#968
Lénie
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Chapitre 12

 

André avait écouté les recommandations de Grand-Mère très attentivement. Etant ainsi convoqué dans le bureau du Général pour la première fois depuis son arrivée, il sentait une boule d’angoisse croître dans son ventre tel un monstre tout droit arrivé du marécage de la peur pour lui dévorer les entrailles.  Il se raidit pour mieux lutter contre sa terreur  qui ne faisait qu’augmenter lorsqu’il songeait qu’il ne risquait rien de moins que le départ pour cet orphelinat honni sur lequel il avait entendu des histoires terrifiantes. Il imita Oscar lorsqu’elle se rendait à ce genre de convocation : droit et impénétrable.  Et il comprit certaines des paroles que prononçait son amie dans ces occasions : ‘’Le courage n’existe pas sans la peur.  C’est à la volonté d’en triompher que l’on mesure la bravoure. Sans la crainte, elle ne serait que de l’inconscience ou de la bêtise’’.

 

Il frappa à la porte et attendit.

 

«Entre ! »

 

Il frémit, mais poussa la porte en raccommodant  autant qu’il le put le manteau de courage dans lequel il tentait de se draper et que des mites d’angoisse semblaient soudainement  dévorer  goulument.

 

Il entra.  Le Général lui fit signe de pénétrer plus avant dans la pièce. Il y régnait une atmosphère pesante que le froid silence de l’aride militaire alourdissait encore davantage. André avala péniblement sa salive, attendant que son vis-à-vis veuille bien desserrer  les lèvres qui semblaient au jeune garçon plus pincées que jamais. Il sentait la terreur lui arracher son manteau de courage pour mieux l’envelopper de sa propre cape et l’encapuchonner. Il entendait les battements affolés de son cœur qui étaient beaucoup plus rapprocher que les mouvements de balancier de l’horloge. Ils semblaient si lents, si lourds que chacun d’entre eux apparaissaient à André comme autant de muettes sentences. Le jeune garçon veillait à ne rien laisser paraître de la peur qui sourdait de chacun de ses pores, sifflant à ses oreilles, prenant possession de ses entrailles, de sa tête, de son cœur qui lui semblait aussi lourd que douloureux.

 

Le Général se décida enfin à rompre le silence. Ses paroles lentes et scandées  ne firent que redoubler la pesanteur de l’atmosphère et la terreur de l’enfant tant elles tombaient comme des couperets fendant le silence :  «Ainsi André, tu t’es amusé à étourdir Oscar de fariboles ridicules alors que ton rôle consiste à être son compagnon d’armes. Si tu continues, bientôt mon enfant croira aux contes de fées. Comprends-tu les dommages que tes histoires fantasmagoriques peuvent causer à l’avenir d’Oscar, à ce à quoi mon enfant est voué ? En tant que futur militaire, Oscar n’a pas à croire à ce genre d’inepties populaires ! Oscar est noble, l’aurais-tu oublié ? Même s’ils te semblent anodins, tes actes sont graves, car ils peuvent être lourds de conséquences pour Oscar et donc pour la lignée des Jarjayes. As-tu quelque chose à dire pour ta défense ?»

 

André avait contemplé quelques instants ces prunelles acier, si impénétrables qu’elles lui semblèrent aussi insondables que l’Enfer. Puis, il s’était remémoré ce qu’il savait du Général et les conseils de Grand-Mère. Il avait donc serré les poings pour se donner le courage nécessaire pour répondre, fermé les yeux et avalé une grande lampée d’air. Tout en lui lui commandait de parler. Cependant, les mots semblaient se tarir dans sa gorge, telle une source trop profondément enfouie dans le sol pour pouvoir jaillir à l’air libre. Cependant, il était impératif qu’il parle ! Il le fallait ! Il pensa donc très fort à son amie dont le courage ne l’abandonnait pas au cours des différents entretiens de ce genre auxquels elle avait dû faire face. Enfin, il parvint à ouvrir la bouche. Toutefois, elle se referma sans qu’une seule parole n’en sorte.  Il ferma à nouveau les yeux, songeant au courage de son amie, l’implorant  à distance de le lui transmettre.

 

«Je vous prie de bien vouloir me pardonner si mes paroles vous froissent. Cependant, je suis dans l’obligation de vous répondre que nous avons bel et bien chassé le dahu» répondit le petit garçon dont le visage semblait aussi calme qu’un lac que nulle  brise ne vient jamais effleurer et la voix assurée et mesurée.

 

«Il suffit ! Cesse de me prendre pour un imbécile ! Crois-tu que j’ignore que le dahu est un animal imaginaire que les enfants du peuple s’amusent à poursuivre ?!» tonna le Général

 

«Les dahus ne sont en aucun cas imaginaires. Avant d’habiter ici, nous en avions deux. Ils sont blancs et donnent du lait. Ce dernier est différent du lait de vache, mais il permet aussi de faire du fromage.  Nos dahus étaient blancs, avaient deux cornes et un petit bouc. Ils broutent l’herbe, et si on les laisse en liberté, ils courent très vite et sont capables de grimper des pentes très arides.

– ….. Mais enfin ! Tu me décris des chèvres !

– Oui, en français, on les appelle ‘’chèvres’’, et dans mon patois, on les nomme ‘’dahus’’. Vous pouvez demander à Grand-Mère si vous le souhaitez, elle confirmera. Je conçois que vous soyez mécontent que j’aie utilisé un mot de patois pour m’adresser à Oscar. Je vous demande de m’en excuser, le terme français ne me venait plus à l’esprit. Souvent, si je pense aux animaux ou aux travaux de la terre, je les nomme tout d’abord en patois, puis en français. C’est tout à fait différent pour les choses que j’ai apprises depuis que je vis ici, de sorte qu’un mot de patois ne m’a échappé que cette fois-ci.

– Et bien, tu veilleras à ce que ces mots ne t’échappent plus du tout ! Oscar n’a pas à être instruit de ce langage populaire et impropre à sa condition.

– Bien, Général.

– A présent, demande à Grand-Mère de venir me voir.

– Bien, Général. Puis-je disposer ?

– Oui».

 

André dévala les escaliers quatre à quatre et se jeta dans les bras de Grand-Mère qui l’embrassa. Soulagé et au comble de la joie, il lui murmura à l’oreille : «Il m’a cru, Grand-Mère. J’ai dit ce que tu avais dit et il m’a cru. Il te demande  à présent de monter, probablement pour confirmer».

Grand-Mère monta et confirma avec un aplomb sans failles les dires de son petit-fils. Plaçant une confiance inébranlable  en celle qui avait été sa nourrice et la seule présence affectueuse lors de ses années les plus sombres, il la crut sans autre forme de procès.  L’affaire était close.

L’aïeule ne manqua pas le jour suivant de sermonner ses deux chenapans en leur expliquant qu’elle ne mentirait pas une seconde fois pour les couvrir, car le mensonge était un péché.

 

 

Quelques années plus tard, lorsque les rires et les jeux d’enfant avaient cédé le pas aux devoirs,  alors que le Général, Oscar et André se trouvaient en voyage sur les terres des Jarjayes, un jeune capitaine de la Garde Royale et son valet personnel avaient échangé un coup d’œil complice et avaient eu toutes les peines du monde à ne pas pouffer lorsqu’ils entendirent le sérieux Général converser avec ses paysans en parlant de ‘’dahus’’ pour désigner des ‘’chèvres’’….

 

Et en cette oppressante nuit d’août, le jeune capitaine devenu colonel ne put s’empêcher de rire sous la rafale des souvenirs, rire auquel fit écho celui de son ami qui se trouvait séparé d’elle par l’espace mais pas par le cheminement de la pensée et du cœur…

 

 

A suivre…