Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

LADY OSCAR / LA ROSE DE VERSAILLES Les fanfictions Les chemins de l’amitié [finie] Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

#962
Lénie
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Chapitre 7

 

Pour dîner, Oscar et André choisirent un joli coin de verdure, parsemé de fleurs sauvages au-dessus desquels voletaient des papillons aux ailes multicolores. L’endroit se situait en contrebas d’une colline caressée par un cours d’eau au dessus de laquelle se trouvait un moulin.

Durant tous le repas, Oscar avait lancé des regards dévorés de curiosité en direction du bâtiment, si bien qu’au dessert, elle n’y tint plus et demanda : «Es-tu déjà rentré dans un moulin ?

– Oui, de nombreuses fois avec mon … père.. ».

 

Sa voix se brisa, des perles de douleurs naquirent au coin de ses paupières. Il baissa un instant la tête, ravala les souvenirs d’un temps révolu, prit son souffle et fit un effort pour poursuivre sa réponse à la petite fille dont le visage reflétait le regret d’avoir posé cette question qui faisait resurgir la souffrance de son ami. Il voulait à nouveau contempler la curiosité et l’enthousiasme dans les yeux d’Oscar. Ces bouffées de fraîcheur innocente étaient le plus efficace des baumes pour la blessure qui lui entaillait le cœur.

 

«Mes parents travaillaient la terre, Oscar, de sorte qu’une fois le grain récolté, il fallait se rendre au moulin pour le faire moudre.

– Oh…. Comment est-ce à l’intérieur ?

– Et bien, il y a des meules et…

-Des meules ?

– Oui, ce sont de grosses pierres qui permettent de transformer le grain en farine.

-Ah… ».

 

S’apercevant que son discours n’éveillait aucune image dans l’esprit de son amie pour qui les travaux des champs se résumaient à une très vague abstraction, il lui lança : «Et pourquoi ne pas monter voir ? A cette heure-ci, les meuniers ont coutume de faire la sieste…

– Profitons-en ! Allons-y ! … Et bien ! Que fais-tu ? Tu lambines !» s’écria la fillette qui avait gravi plus du quart de la colline à la course. Amusé par l’enthousiasme de son amie, André lui répondit : «Ne pavoise pas trop ! Je suis certain d’arriver le premier en haut, c’est pour cela que je t’ai laissé volontairement de l’avance !

– Non ! C’est moi qui serais la première ! » le défia-t-elle.

 

Et fidèle à elle-même, Oscar remporta le défi pour le plus grand bonheur d’André qui n’aimait rien tant que contempler le sourire radieux de la fillette pour qui  chaque nouveau jeu était une découverte. Alors qu’ils reprenaient leur souffle, il songea qu’il ne se lasserait jamais des rayons de joie dont elle l’éclairait en pareilles circonstances.

 

Craignant que ce meunier-ci délaisse la douceur de la sieste, ils pénétrèrent avec mille précautions dans le moulin, marchant à pas feutrés, parlant à voix basse. André put montrer à Oscar ce qu’étaient les meules et lui expliqua le fonctionnement du moulin. Constatant qu’une pointe de déception se peignait sur le visage de la petite fille qui aurait voulu le voir en marche, il lui lança : «Oscar, regarde ! Des sacs de farine ! Je connais un jeu formidable !

– Ah oui ! Lequel ?!

– Devine….

– Heu… La farine sert à poudrer les perruques pour qu’elles soient bien blanches…. Alors… heu…. Ah non ! Hors de question que je m’en mette dans les cheveux ! Je ne veux pas qu’ils soient aussi blancs que ceux de Grand-Mère !

– La farine sert aussi à faire du pain…

– Ah bon… Tu ne veux tout de même pas que nous fassions du pain…

– Mais non ! Tu es trop drôle, si tu voyais ta tête !» s’exclama le petit garçon, incapable de retenir son fou rire tant l’écart entre ce qu’il connaissait et ce que lui disait Oscar lui semblaient aberrant…. De la farine, sur la tête, quelle drôle d’idée ! Il préférait nettement l’avoir dans le ventre. Cependant, il se tut, sachant très bien que la fillette ignorait tout de ce genre de considération. Il se contenta donc de lui dire, des larmes de rire aux yeux : «Non ! Je te propose de jouer à saute-moutons sur les sacs.

– Jouer à saute-moutons ? … Ce ne sont pas des moutons, mais des sacs… André, que me racontes-tu ?».

 

Cette fois, le fou rire fut si violent qu’il en tomba à genoux, se tenant les côtes et suppliant : «Oscar, je t’en prie, ne dis plus un mot. Tu es trop amusante !».

 

Elle le regardait, perplexe, se tordre de rire. Puis, piquée dans son orgueil, elle s’exclama : «André Grandier, vas-tu cesser de te moquer ?!

– Je ne rie pas de toi, Oscar, mais avec toi. Je sais que ce sont des sacs, mais imagine que ce sont des moutons. Attend, je vais te montrer !».

 

Et, il lui expliqua comment faire. Elle essaya et s’écria en riant : «Tu as raison, c’est très amusant ! Je sens que j’aime beaucoup jouer avec ces moutons-sacs !».

Et, comme à chaque fois qu’André lui enseignait un nouveau jeu, elle recommençait jusqu’à s’enivrer de rires et du plaisir de se sentir libre. Aussi, elle n’écouta pas André lorsqu’il la mit en garde : «Attention Oscar, il arrive parfois que certains sacs….

VLAN !

–  … craquent…. ».

Voyant une petite frimousse couverte de farine sortir du sac pour lui demander : «Que disais-tu André ?», il fut à nouveau saisi d’un gigantesque fou rire. En guise de représailles, elle lui jeta des poignées de farine, comme elle lui avait lancé  des boules de neige l’hiver dernier. Ils furent bientôt entièrement recouverts de farine dans laquelle ils se roulèrent avec délice jusqu’à ce que les pas du meunier parviennent à leurs oreilles. Ils se cachèrent et l’entendirent maugréer : «Les poules ne suffisent plus  à ces maudits renards ! Ils saccagent à présent les sacs de farine ! J’m’en vais avertir au château !».

 

Lorsqu’ils entendirent les bruits de pas disparaître au loin, les deux enfants dévalèrent la colline jusqu’à l’endroit où ils avaient pris leur repas.  Ils s’observèrent de la tête aux pieds et convinrent qu’ils ne pouvaient rentrer à Jarjayes ainsi, car l’état de leur tenue indiquait par trop l’identité des renards… Ils décidèrent alors de se laver dans le cours d’eau, ce qui eut pour effet de transformer la farine en pâte à pain…. Ils durent se résigner à rentrer ainsi, le remède étant pire que le mal….

 

Malgré une certaine appréhension, ils ne purent s’empêcher de plaisanter en chemin : «Oscar, si les courtisans recouvrent leurs perruques de farine, comment font-ils quand il pleut ? Leurs têtes doivent ressembler à des pains non cuits.

– Si c’est ça, je ne porterai jamais de perruque ! Quelle horreur ! Crois-tu qu’ils en portent également sur le visage ? Je comprends à présent pourquoi ils craignent le soleil. Imagine qu’il pleuve et qu’après le soleil brille, et bien ils ont peur que la pâte à pain ne cuise sur leur visage!

– Tu crois ?

-J’en suis certaine ! Sinon, pourquoi craindre autant le soleil ?

-Du pain en train de cuire t’irait pourtant très bien au teint !

– C’est malin….».

 

Pendant que les deux garnements cheminaient en direction de la demeure des Jarjayes, le meunier était allé se plaindre auprès de Grand-Mère des méfaits des renards en demandant à ce que le maître en soit averti. Bien que songeant en son for intérieur que de toute sa longue vie, elle n’avait jamais entendu pareille ineptie, elle promit au meunier de faire la commission tout en le soupçonnant d’avoir un peu trop arrosé sa sieste…

 

Lorsque les deux chenapans se présentèrent à elle, elle s’exclama : «Ah, je les tiens les deux renards ! Oscar, je t’avais demandé de te comporter correctement !

– Tu m’avais demandé de revenir ni verte, ni enrhumée. Nous ne sommes ni verts, ni enrhumés…

– Ne joue pas sur les mots, je te prie. Mais qu’avez-vous encore inventé tous les deux ? Ils sont intenab….. Vite ! Cachez-vous là !» s’écria l’aïeule en désignant une immense corbeille à linge. Elle eut à peine le temps de les recouvrir d’un monceau de draps lque le Général entra pour s’enquérir, avec humeur, auprès de Grand-Mère de l’endroit où se trouvait son fils qu’il venait de chercher partout dans la maison.

La vieille femme répondit : «Oh, Général ! Quel plaisir de vous voir de retour plus tôt que prévu…

 

[André –sous les draps- : Tu parles !

Oscar : Chuuuuuuuut !!!!!] »

 

Grand-Mère donna un grand coup dans ce qui semblait être les draps, pour signifier aux enfants d’être moins bruyants. Puis, elle reprit : «J’ai pris la liberté d’autoriser Oscar à prendre une journée de repos…

– COMMENT ?! Une journée de repos ? ! Souhaiterais-tu en faire un paresseux ?!

– Pas le moins du monde, Général. Cependant, aujourd’hui est une journée particulièrement difficile pour son compagnon d’études et d’armes. Il s’agit du premier anniversaire de la mort de ses parents et Oscar souhaitait le réconforter. Je les ai donc autorisés à sortir après dîner. Comprenez-moi, la vieille femme que je suis n’a pas su résister à la noblesse de cœur d’Oscar qui souhaitait faire oublier ce funeste anniversaire à André.

– Je comprends. Tu as sans doute bien fait. Lorsque tu verras Oscar, tu lui diras que nous souperons ensemble ce soir, personne d’autre n’étant présent.

[Sous les draps, André : Flûte ! On ne soupera pas ensemble ! Quel…..] ».

Grand-Mère venait de donner un autre coup bien senti sur les draps, ce qui provoqua l’étonnement du Général : «Que fais-tu là, Grand-Mère ?

-Et bien je… je tasse les draps pour qu’ils ne me bouchent pas la vue lorsque je monterai l’escalier. Ce sont des draps propres pour la chambre d’Oscar et la vôtre.

– Ah… Je n’avais jamais remarqué que tu procédais ainsi. Ces draps me semblent froissés pour être mis dans un lit…

– J’ignorais que vous possédiez quelque talent de lingère. Déjà enfant, vous posiez des questions qui ne vous regardaient pas. Si vous le permettez, à présent, je dois monter cette corbeille à l’étage».

 

Grand-Mère espérait que sa dernière remarque le fasse quitter sa cuisine. Elle avait omis un détail : elle venait de lui rappeler ses souvenirs d’enfance. Et, l’espace d’un instant, celui qui était devenu un général pétri de devoir et roide de discipline se revit enfant, en ce même endroit, en train de tenter de dérober des confitures à l’insu de Grand-Mère qui ne manquait jamais de le rattraper. Le Général étant visiblement décidé à demeurer planter en plein milieu des cuisines, un vague sourire nostalgique aux lèvres.

La vieille femme dut donc se résoudre à se saisir de la corbeille, ô combien alourdie par son chargement imprévu, et la porta tant bien que mal en se dirigeant vers les escaliers. Le Général la regarda un instant, puis pressa le pas pour rejoindre son ancienne nourrice : «Cette corbeille me semble bien lourde, Grand-Mère

– Oh, ce n’est pas la corbeille qui est lourde, c’est moi qui ne suis plus toute jeune…

– Dans ce cas, demande à un domestique de t’aider.

– Jamais ! Moi vivante, personne ne touchera au linge personnel des maîtres de la maison !».

 

Devant l’air décidé de Grand-Mère, le Général capitula. Elle conduisit les deux occupants de la corbeille dans les appartements d’Oscar avec la ferme intention de laver soigneusement les deux chenapans pour faire disparaître toute trace de leurs incartades : Oscar se devait d’être on ne peut plus présentable pour souper en tête-à-tête avec son père…. Bien qu’elle ne le leur montre pas, elle était heureuse de leurs bêtises, car elles étaient parvenues à transformer un jour de deuil en un jour de fête pour son petit-fils.

 

A Suivre….