Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

LADY OSCAR / LA ROSE DE VERSAILLES Les fanfictions Les chemins de l’amitié [finie] Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

#961
Lénie
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@lenie

Chapitre 6

 

L’esprit d’Oscar emprunta un chemin de l’amitié plus rocailleux en pensant à un moment où elle avait tenté d’extirper une épine du cœur d’André, épine qui aujourd’hui faisait saigner son cœur à elle.

 

André résidait à Jarjayes depuis environ un an et Oscar lui avait donné rendez-vous dans la salle d’étude pour qu’ils s’attèlent à une version latine particulièrement difficile que leur précepteur leur avait demandé de réaliser. Ils avaient convenu de commencer de bon matin et ensemble, parce qu’ «à deux, on est plus fort» avait proclamé Oscar. Or, la fillette attendait son ami depuis environ deux heures… en vain…

 

«André Grandier, tu ne vas pas t’en sortir aussi facilement ! Je ne ferai pas cette version toute seule ! On s’était fait une promesse ! Je jure de te retrouver et de te ramener ici de gré ou de force ! Tu avait promis !»  s’était-elle écriée avec le silence pour seul auditoire avant de partir à la recherche d’André.

 

Le soupçonnant de ne pas s’être réveillé, elle était tout d’abord allée dans sa chambre. Elle avait trouvé le lit fait, la pièce parfaitement en ordre et surtout parfaitement vide. Perplexe, elle s’était rendue aux cuisines pour demander à Grand-Mère si elle savait où se trouvait son ami. Lorsqu’elle entra discrètement, elle fut surprise de n’y trouver que la vieille femme, alors que d’ordinaire ce lieu bourdonnait de domestiques allant et venant en un ballet de corvées qui souvent donnait le tournis à la petite fille. Sa surprise redoubla lorsqu’elle s’aperçut que le silence était rompu par des pleurs étouffés. Grand-Mère pleurait et s’efforçait de le dissimuler. C’est pourquoi elle avait attribué à tous les serviteurs des tâches les éloignant des cuisines.

 

Découvrant avec perplexité que les adultes pleuraient aussi parfois, la fillette hésitait quant au comportement à adopter : devait-elle aller la consoler au risque de blesser sa fierté ou tourner discrètement les talons et respecter cette douleur dont elle ne connaissait pas la cause ?

Elle avait opté pour la première solution, le ventre noué d’appréhension : comment réconforte-t-on un adulte ? En a-t-on le droit ? Elle s’était approché en silence, contemplait le dos de l’aïeule se soulever au rythme de ses pleurs. Sans la contempler de face, elle avait posé avec une infinie précaution sa main sur son épaule. Le léger contact de la main de la fillette l’avait fait tressaillir. Sans tourner la tête, la vieille femme avait rabroué Oscar : «Ne reste donc pas ici ! J’épluche des oignons ! Veux-tu pleurer toi aussi ?

-Des oignons ?

– Eplucher des oignons fait pleurer les yeux, Oscar. Sors d’ici, veux-tu ?!

– Les oignons font sans doute pleurer les yeux mais pas le cœur. Or, c’est ton cœur qui pleure, Grand-Mère, je le sens».

 

Seul le silence répondit à Oscar qui ajouta : «Je te demande de me pardonner si je me suis montrée indiscrète. Je souhaitais seulement te consoler, comme tu l’as fait si souvent avec moi. Je me suis trompée : les enfants ne doivent pas avoir le droit de consoler les adultes. Je te renouvelle mes excuses. Je suis venue ici, car je cherche André. Il m’avait promis de me rejoindre en salle d’études à partir de 7h30. Il est presque 10h et il ne m’a pas rejointe. Nous devions travailler sur une version latine et…

-Ma petite Oscar, André n’a probablement pas le cœur à étudier le latin aujourd’hui en ta compagnie.

-Oh… Ais-je fait quelque chose qui l’a blessé ?

– Non, tu n’y es pour rien. André….  Oscar as-tu oublié ?… Aujourd’hui est le premier anniversaire de la mort de ses parents et de ma petite Marie….

-…. Je comprends. Il épluche probablement des oignons quelque part….

-C’est cela, Oscar, il épluche des oignons. Laisse-moi à présent avant qu’ils ne te piquent aussi les yeux.

-Oui, je retourne en salle d’études pour travailler mon latin. André me rejoindra lorsque ses oignons seront épluchés».

 

Ayant pris conscience de la sinistre date, Oscar avait immédiatement su où trouver son ami. Elle était montée dans le pigeonnier et avant même d’avoir  ouvert la porte, elle avait entendu les sanglots de son ami, entrecoupés de paroles : «Maman, Papa, pourquoi êtes-vous partis sans moi ? …. Pourquoi m’avoir laissé seul ? …. Venez me chercher…. Je ne veux plus être seul au monde…. ».

 

La fillette était alors entrée et s’était précipitée vers son ami, l’entourant maladroitement de ses petits bras. Avant qu’il ne la chasse, elle lui avait murmuré à l’oreille : «Et notre serment ? L’aurais-tu oublié ? Amis, nous ne seront jamais plus seuls. Jamais, André, je te le promets.

-Oscar, sois réaliste. Nous serons amis tant que nous ne serons pas adultes…

-Alors, nous ne grandirons jamais !!!!».

 

La fougue de son amitié venait d’arracher à André un sourire. Il avait contemplé le visage de la fillette sur lequel se lisait le caractère entier de son amitié et toute l’étendue de la bonne foi des paroles qu’elle venait de prononcer. Puis, laissant les larmes rouler sur ses joues mais cessant de sangloter, il avait ajouté : «Oscar, tu es la meilleure amie que l’on puisse avoir. Mais… Ne te vexe pas, je t’en prie… Oscar, imagine-nous dans quelques années, toi l’hériter des Jarjayes, promis à une belle carrière militaire, et moi l’orphelin destiné à être palefrenier…. Aujourd’hui, tu ne mesures pas ce qui nous sépare. Toutefois, les années passeront et rompront notre amitié, Oscar. C’est inévitable. Même si je suis ton compagnon d’études et de jeux, je ne suis pas noble. Bientôt, tu ne pourras plus affirmer que nous sommes amis. Aux yeux des autres, tu devras te borner à dire que je suis ton valet personnel. Et au fil du temps, je le deviendrai, Oscar. La différence des vies que nous mènerons nous séparera…

– Vas-tu te taire à la fin ! Vas-tu endiguer ce flot d’inepties qui coulent de ta bouche ! Bougre d’âne !!! Me croirais-tu stupide ?! Je sais tout cela. Cependant, tu oublies un détail : du plus loin que je me souvienne, j’ai appris à jouer une comédie pour les gens, celle de l’hériter mâle des Jarjayes, alors que tu sais comme moi, bien que nous prétendions le contraire la plupart du temps, que je suis une fille. Crois-tu que je ne saurais pas jouer la même comédie concernant mes relations avec toi ? Aux yeux du monde, je feindrais de te considérer comme mon valet, et lorsque nous serons tous les deux, je te montrerai que tu es mon ami le plus cher…. André, tu es mon seul véritable ami…. Tu m’es incroyablement précieux…

– Penses-tu réellement ce que tu viens de dire ?

-Evidement ! M’as-tu déjà entendu dire quelque chose que je ne pensais pas ?!

– Non.

– Parfait ! Allez, viens, nous devons affronter un monstre : la version latine ! Nous ne serons pas trop de deux !

– Oui, il ce monstre-ci est particulièrement coriace ! Il faut absolument que nous soyons unis pour le terrasser !  …. Oscar, je ne pleurais pas tu sais… Je…

-Je le sais. Tu épluchais des oignons … comme Grand-Mère…. Tu devrais aller la voir… Et après, nous laisserons notre monstre nous attendre pour ferrailler ensemble. Tu as une revanche à prendre, n’est-il pas vrai ?

-En effet Oscar, j’ai une revanche à prendre. Je m’en vais voir Grand-Mère et à mon retour, prend-garde à toi !

-On se retrouve sous le chêne. J’ai une petite chose à faire avant… ».

 

Lorsqu’André l’avait rejointe, elle lui avait tendu une épée qui appartenait à sa famille depuis plusieurs siècles en lui disant : «Toi et moi, on est pareil !». Elle l’avait vu sourire et accepté un présent qui signifiait que l’amitié aurait toujours raison de leur différence de conditions.

 

Bien des années après, Oscar murmura : «Avais-tu raison ce jour-là André ? Le colonel de Jarjayes et André Grandier ne savent-ils plus être amis ? Seigneur, j’espère que tu avais tort… ». Puis, son poing s’était serré alors qu’elle s’écriait : «Morbleu ! C’est trop bête ! Je ne laisserai jamais ce jour arriver ! Jamais !!!!».

 

Puis, son esprit partit à nouveau retrouver les enfants qu’ils étaient. Après avoir ferraillé deux bonne heures, Oscar était retournée aux cuisines et avait dit à Grand-Mère : «Maintenant que tu as fin d’éplucher tes oignons, pourrais-tu nous préparer un panier pour que nous dînions sur l’herbe ?

– Et cette version latine ?

– Oh, elle patientera jusqu’à demain. Nous devons la rendre dans quatre jours. Nous pouvons nous accorder une journée de repos, d’autant plus que Père est absent pour ses affaires et que Mère et mes sœurs sont chez Tante Adélaïde».

 

Comprenant que la petite fille tentait de distraire son ami de sa douleur, la vieille femme acceptant, non sans ajouter : «A condition que tu ne reviennes pas verte et enrhumée !

-Promis, Grand-Mère ! » s’était exclamé la petite fille.

 

Ils étaient alors à nouveau partis en expédition….

 

A Suivre…..