Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

LADY OSCAR / LA ROSE DE VERSAILLES Les fanfictions Les chemins de l’amitié [finie] Répondre à : Les chemins de l’amitié [finie]

#957
Lénie
Modérateur/modératrice
@lenie

Chapitre 2

Plusieurs souvenirs s’échappèrent de sa mémoire d’enfant pour entrer sans crier gare dans son esprit d’adulte, inondant son cœur de joie enfantine et faisait éclore sur ses lèvres un sourire d’une pureté angélique. Elle savourait l’innocence de leurs bêtises et des plaisirs qu’ils en retiraient. Son esprit folâtrait dans un champ parsemé de fleurs d’amitié pure, sincère et rafraîchissante.

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Environ un mois s’était écoulé depuis qu’ils s’étaient juré une amitié éternelle. Grand-Mère fit savoir à Oscar que l’anniversaire d’André était le 26 août, ce qui avait plongé la fillette dans un embarras profond. Elle savait manier l’épée, monter à cheval, commençait à acquérir quelques rudiments dans le maniement des armes à feux, excellait en latin, en grec, en calcul, en grammaire et en diction, cependant il était un domaine où elle ignorait tout : celui de l’amitié. Comment célèbre-t-on l’anniversaire de son meilleur ami ? Comment lui témoigne-t-on son affection à cette occasion ? Elle avait beau songé à la façon dont on ‘’fêtait’’ son propre anniversaire, elle trouvait ce genre de manifestations bien trop froides et trop rapides. Trop occupé par les fêtes de Noël et leurs célébrations, que ce soit à la Cour ou en cuisine parmi les domestiques, personne ne songeait vraiment à s’occuper d’Oscar le 25 décembre. Tout au plus recevait-elle un objet ayant trait à l’art militaire. Bien qu’elle ait toujours remercié comme il se devait ses parents, ce genre de présent ne lui faisait guère plaisir. Il ne s’adressait pas à Oscar mais à l’héritier des Jarjayes, de sorte que dans l’esprit de la fillette, chaque cadeau était interprété comme un rappel au devoir qui serait le sien. La seule personne susceptible de penser à Oscar en tant que personne frisait la crise d’hystérie pour cause de surmenage le 25 décembre, de sorte que la fillette, un seul jour dans l’année, n’entrait pas dans ses préoccupations.

Oscar était donc perplexe, et, lors de ses moments de solitude, elle tentait d’imaginer ce qui pourrait faire plaisir à son nouvel ami. Cependant, invariablement, sa bonne volonté se heurtait au mur de son ignorance.

 

Un autre obstacle se plaçait en travers de sa route : son père. Ce dernier ne lui avait toujours pas permis de paraître à nouveau devant lui après l’incident de l’escalier. Lorsqu’à la fin de chaque semaine, le général venait s’enquérir des résultats de son fils auprès de son précepteur, il demandait à ce qu’Oscar rejoigne au préalable ses appartements. Il agissait de même avec son maître d’armes et d’équitation. La fillette avait eu beau se montrer une élève modèle en tout, le général n’était toujours pas disposé à lever la sanction.
A table, Oscar n’était pas davantage la bienvenue. Dans la mesure où il était hors de question qu’elle partage ses repas avec les domestiques en cuisines, il avait été décidé qu’elle dînerait seule dans ses appartements. André avait pris l’habitude de picorer lors des repas pris avec les autres serviteurs pour ensuite prendre sa part dans le garde-manger et s’en aller partager les repas de son amie. Ainsi, en fait de punition, ces repas ‘’solitaires’’ étaient de véritables fêtes pour les deux enfants qui donnaient libre court à leur imagination. Tantôt ils se trouvaient dans une contrée exotique, tantôt à lutter contre quelques monstres mythologiques, tantôt sur un navire de guerre pris d’assaut par des pirates qu’ils terrassaient invariablement ect… Sans le vouloir, le général leur avait fourni un havre de paix qui leur permettaient de vivre par jeux interposés les aventures les plus folles…
Oscar et André savaient pertinemment que Grand-Mère n’était pas dupe, car un matin, elle leur avait dit qu’une curieuse souris semblait s’introduire dans le garde-manger pour dévorer la part qu’André avait laissée. Elle avait ajouté qu’il s’agissait d’une bien curieuse souris, car elle utilisait une assiette et des couverts qu’elle retrouvait ensuite sur le plateau d’Oscar. Rougissant de leur légèreté, les deux enfants s’étaient regardés, une lueur de crainte au fond des yeux. Grand-Mère s’était alors approché de l’oreille d’André pour chuchoter : «Fais en sorte de débusquer cette souris et dis lui de nettoyer la vaisselle qu’elle salit». Le petit garçon l’avait alors immédiatement répété à l’oreille d’Oscar et tous trois avaient pouffé lorsque la petite fille s’était exclamé : «Tu as parfaitement raison Grand-Mère. Il nous faut retrouver cette souris pour lui inculquer quelques rudiments de savoir-vivre».

Pour permettre à André de monter le plateau portant les deux dîners, Grand-Mère n’avait de cesse de monopoliser l’attention du général, trop heureuse de voir les liens entre les deux enfants se resserrer, même si elle en concevait quelque inquiétude : André saurait-il se souvenir qu’il n’était qu’un simple serviteur ? Cependant, elle rejetait cette pensée loin de son esprit, car elle trouvait la réaction du père d’Oscar plus que démesurée.
Elle ne le reconnaissait que trop bien : déjà enfant, lorsqu’elle était sa nourrice, il mettait un point d’honneur à affirmer avec fermeté ses certitudes, ce qui lui avait valu quelques désagréments avec son propre père, désagréments que Grand-Mère s’était efforcé d’adoucir autant qu’elle l’avait pu…

Cependant, cette fois, il ne s’agissait plus pour Oscar de détourner l’attention de son père quelques instants mais plusieurs heures. Comment allait-elle procéder ? Son père avait ajouté à l’interdiction de paraître devant lui, l’obligation pour Oscar de rester cantonner dans ses appartements lorsqu’elle n’avait aucune leçon à suivre. Et André n’était pas censé lui tenir compagnie… et pourtant… il était bien plus dans les appartements d’Oscar qu’occupé aux tâches qu’on lui assignait. Grand-Mère avait pris sur elle de les assumer pour permettre aux deux enfants de s’amuser.

 

En désespoir de cause, Oscar avait confié ses tourments à Grand-Mère. Cette dernière avait proposé : «Et pourquoi pas un pique-nique ?». La fillette avait alors rétorqué que la malle d’osier contenant la vaisselle nécessaire à ce genre de repas champêtre était très encombrante, de sorte qu’il leur serait très difficile de passer inaperçus. Grand-Mère lui apprit alors que seuls les nobles s’embarrassaient de ce genre de bagage, puis elle lui avait affirmé qu’elle pourrait sans problème leur confectionner un repas satisfaisant et le placer dans un panier peu encombrant. La fillette s’était alors écriée : «Oh, ce serait formidable !», puis son visage s’était rembrumi.
Son enthousiasme avait été immédiatement déclaré persona non grata par la crainte que son père apprenne leur désobéissance. Elle murmura : «Grand-Mère, je ne voudrais pas risquer qu’André soit puni par ma faute. Je ne sais que trop bien qu’il brave l’interdiction de Père à chaque repas. Au cas où nous serions découverts, j’ai décidé d’affirmer à Père qu’André agit ainsi sur mon ordre et qu’en tant que valet personnel il n’a pas osé me désobéir. En utilisant ce lien de subordination comme argument, je ferai en sorte d’attirer la punition uniquement sur moi. Ceci dit, si Père découvrait que nous nous étions enfuis à travers champs pour fêter l’anniversaire d’André, je doute que mon argument paraisse crédible. Or, je sais que Père peut renvoyer André à tout moment pour le faire placer à l’orphelinat. Et, je ne le souhaite pas. Je ne peux me permettre de faire courir un tel danger à mon ami. Je crains que si nous étions découverts, Père ne demeure sourd à tout discours. Je sais combien il peut se montrer intransigeant parfois…. Grand-Mère, c’est trop risqué. Il est préférable que vous le fêtiez tous les deux… en famille…. ».
Non sans noter que la voix de la fillette s’était brisée sur les derniers mots, Grand-Mère la regarda avec une mine attristée. Elle ne pouvait que reconnaître la lucidité des propos d‘Oscar et se morigéner intérieurement de sa propre légèreté provoquée par son bonheur de voir son petit-fils reprendre goût à la vie après la mort de ses parents. Elle connaissait le général tout aussi bien, si ce n’est mieux qu’Oscar et elle ne put que lui donner raison. Elle sut qu’André ne célèbrerait pas son anniversaire en compagnie de sa nouvelle amie cette année-là. Etant confinée dans ses appartements, la fillette ne pouvait pas davantage lui chercher un cadeau. Elle avait un instant songé à lui offrir un coupe-papier qui lui appartenait, puis elle s’était rappeler que c’était un cadeau qu’on lui avait fait. Or, on n’offre pas à d’autres des présents qui ont été destinés à d’autres…. Elle avait fini par se résoudre à ne rien lui offrir tout en se promettant de se rattraper dès qu’elle le pourrait…

 

Ce 26 août-là, André avait fêté son anniversaire en cuisine, en compagnie des autres domestiques et de Grand-Mère. Cette année-là, ce jour était un dimanche, de sorte qu’oscar ne fut autorisée à quitter ses appartements que pour se rendre à la messe du petit matin, seule, accompagnée d’une domestique, sa famille assistant à l’office dispensé en milieu de matinée. Elle passa le reste de la journée dans ses appartements, entourée de solitude. La chaleur l’obligeait à laisser les fenêtres ouvertes, de sorte qu’elle entendait les manifestations de liesse en cuisine provoqué par la fête s’y déroulant. Lorsqu’elle comprit qu’on apportait son gâteau à André, l’esprit d’Oscar fut traversé par une illumination : si elle pouvait les entendre, la réciproque était vraie. Elle bondit sur son piano, ouvrir le couvercle avec fébrilité et, joua ‘’Joyeux Anniversaire’’* aussi fort qu’elle le put.

Elle venait d’achever la dernière note lorsque la porte de ses appartements s’ouvrit à toute volée. Elle se sentit soulevée. A peine eût-elle le temps de reconnaître son père, qu’elle ressentit deux âpres brûlures dévorées ses joues. Son père la jeta à terre sans ménagement, lâchant en tournant les talons : «Au vu de vos efforts pour racheter votre conduite, je pensais lever votre mise à l’écart demain. Cependant, du fait de vos récents méfaits, j’aviserai dans un mois».
Oscar ne s’était pas donné la peine de plaider sa cause par de vaines paroles auxquelles son père serait demeuré sourd : elle ne pouvait en aucun cas arguer qu’elle avait agi par amitié pour un roturier. Elle aurait non seulement aggravé son cas, mais également plongé André dans la tourmente. Elle avait donc accepté en silence la sentence qui était tombée aussi sèchement qu’un couperet. Lorsque son père avait fermé sa porte avec fracas, Oscar n’avait pu retenir un sourire en pensant : «Encore un mois d’aventures à la lueur des bougies, tiraillés entre la crainte d’être découverts et l’excitation d’enfreindre l’interdiction pour braver des dangers imaginaires». Elle réfléchit un instant, et se dit que lors de leur prochain repas, ils braveraient l’aigle du Caucase pour délivrer Prométhée**

Elle savait que ce soir, elle souperait seule. Peu lui importait : elle avait témoigné son amitié à André comme elle avait pu. Aussi fut-elle surprise lorsqu’aux alentours de minuit, elle entendit frapper à sa fenêtre. Elle ouvrit et découvrit André, se tenant tant bien que mal en équilibre sur la corniche, portant une assiette contenant deux parts de tarte aux prunes. Elle s’empressa de le faire rentrer, non sans l’accueillir avec une douceur à laquelle André s’était accoutumée : «Mais enfin André, tu es fou, tu aurais pu te rompre le cou !». Il avait posé son index sur ses lèvres pour lui recommander le silence, puis ajouta à voix basse dans laquelle perçait une pointe de malice : «Oui, mais je ne me le suis pas rompu. Merci pour la musique Oscar. La souris est repassée par les cuisines pour y voler deux parts de tartes. Je l’ai surprise et j’ai pensé que ce serait mieux si c’était nous qui en profitions». Elle avait acquiescé en riant. Ils avaient dégusté la tarte, sachant tout les deux ce qu’elle symbolisait : une amitié indéfectible, quels que soient les obstacles.
Malgré la faible lueur de la chandelle, André remarqua des bleus sur les joues d’Oscar. Il la questionna du regard. Elle baissa le sien pour répondre en murmurant : «J’ai voulu aller délivrer Prométhée, mais seule, je n’y suis pas parvenue. Il faudrait que tu m’aides…. Nous disposons d’environ un mois… ».
André comprit que l’aigle du Caucase n’y était pour rien : elle avait payé son témoignage d’amitié, mais refusait de l’avouer. Il décida donc d’entrer dans le jeu de son amie en lui promettant de venir l’aider dans sa mission.

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Un sourire aux lèvres, Oscar sortit un instant de ses souvenirs pour murmurer : «Je crois qu’il nous a fallu deux mois pour délivrer Prométhée… ». Puis, elle ajouta : «De la tarte aux prunes… Comme c’est amusant…. Nous ignorions à l’époque que se saisir d’une prune dans une corbeille de fruits est une manière de signifier ‘’Je suis émue’’***. Oh bien sur, le contexte était différent, pourtant, la symbolique s’appliquait si bien, pour toi, comme pour moi André. J’étais touchée que tu aies pris le risque de te faire surprendre et de te rompre le cou pour passer quelques instants en ma compagnie, comme tu l’étais du geste que j’avais eu au cours de la journée…. »

A Suivre…..

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* Je suis à peu près certaine de nager en plein anachronisme concernant les fêtes d’anniversaire. Mais on va faire comme si ce n’était pas le cas… pour les besoins de l’histoire xD
** L’aigle du Caucase est la créature mythologique qui dévore le foie de Prométhée. Pour plus d’infos, c’est par ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_du_Caucase
*** Cette information provient de « L’amour à Versailles » d’Alain Baraton.